Dans une longue interview aux ECHOS, Laurence Parisot commente la campagne électorale, une campagne «intéressante» qui «va aller crescendo». Mais «à ce stade (...) l’on ne voit pas toujours quel projet de société proposent les grands candidats modérés, qui donnerait une plus grande cohérence à l’ensemble», déplore-t-elle. Ainsi, «on attend encore une vraie vision d’avenir, une ambition permettant de se représenter concrètement ce que sera la France dans cinq ans, ce que deviendra l’Europe, quelle place sera accordée aux entreprises dans la société, comment la contrainte environnementale sera intégrée, quelles conclusions on en tirera en matière énergétique...», précise la présidente du Mouvement des Entreprises de France. Les entrepreneurs «attendent des programmes qui soient non seulement des réponses aux défis actuels mais apportent aussi l’espérance de nouveaux horizons».
D’ores et déjà, note-t-elle, «cette campagne place la fiscalité au centre des débats. C’est tout à fait nouveau, et plus proche de ce à quoi on assiste dans les campagnes américaines». Mais dans ce débat, «on espérerait une véritable stratégie des prélèvements obligatoires dont le seul objectif serait la compétitivité, le développement des richesses et de l’emploi», indique Laurence Parisot. Interrogée à ce propos sur la proposition du candidat socialiste de taxer à 75 % les revenus au-delà de un million d’euros, «on ne corrige pas des pratiques abusives par une loi abusive», juge la présidente du Medef. Cette taxation, si elle était appliquée, «aurait manifestement des conséquences sur toutes les entreprises et au-delà, sur l’esprit d’entreprise. Imaginez que vous ayez créé votre entreprise, et qu’au moment où vous la cédez, l’œuvre de votre vie soit taxée à 75 %», explique Laurence PARISOT. Pour elle, «il y aurait dans cette mesure quelque chose qui abîmerait profondément notre économie et pourrait annihiler totalement le génie entrepreneurial français». Au-delà, rappelle-t-elle, «l’économie ne peut pas procéder de la morale, même si elle se veut éthique». Proposer une mesure «fondée exclusivement sur la morale ou le moralisme, hors de toute considération économique, c’est inefficace et dangereux, voire stupéfiant», résume la présidente du Medef.
Quant à l’idée de Nicolas Sarkozy de taxer les bénéfices mondiaux des entreprises du CAC 40, cet impôt « ne mérite d’être étudié que s’il s’inscrit dans le cadre d’un rapprochement des fiscalités française et allemande. Sinon, tout nouvel impôt sur les entreprises pénaliserait notre compétitivité », insiste Laurence Parisot. Selon elle, « mieux vaudrait prendre les choses dans l’autre sens et se demander comment alléger la fiscalité des TPE et des PME ».
De même, taxer le capital comme le travail est une « erreur d’analyse économique », affirme la présidente du Medef. Le capital, rappelle-t-elle, « c’est le plus souvent de l’épargne constituée à partir de revenus du travail qui ont déjà subi l’impôt ». Sachant que « ce qui préoccupe le plus les chefs d’entreprise aujourd’hui c’est le financement de l’économie ». Car si «la France ne manque pas d’entrepreneurs ni d’idées», elle risque de «manquer de capitaux comme jamais» en raison des contraintes prudentielles imposées aux banques et d’une fiscalité sur le capital qui «n’a cessé de s’alourdir ces dernières années».
Surtout, comment parler de fiscalité sans s’engager sur le « sujet crucial » de la réduction de la dépense publique ? « Les deux tiers de l’effort de redressement devraient se faire sur les dépenses », rappelle Laurence PARISOT. Dans Besoin d’aire , le livre numérique programmatique du Medef, « nous faisons des propositions dans ce sens : nous souhaitons en particulier élargir la révision générale des politiques publiques aux collectivités locales et préparer une réforme de l’assurance-maladie », précise-t-elle.
Autre priorité pour la présidente du Medef : l’Europe. « Où est le débat sur l’avenir de l’Europe, alors qu’elle a dépassé une crise inouïe mais qu’il reste des embûches à surmonter ? L’influence de la France, tout comme son niveau de vie et sa compétitivité sont liés au projet européen. Les chefs d’entreprise aspirent à une Europe intégrée et la plus fédérale possible », affirme-t-elle. Alors que Nicolas Sarkozy a appelé à un Buy European Act, Laurence Parisot en convient : « il y a une inégalité d’accès aux marchés publics étrangers ». Elle y voit une « raison de plus pour afficher une Europe puissante et unie capable de peser dans le cadre des négociations AMP qui se tiennent actuellement à l’OMC ».
Interrogée sur l’efficacité des corps intermédiaires, Laurence Parisot cite toutes les avancées obtenues grâce à l’action des partenaires sociaux. Qu’il s’agisse de la réforme de la formation professionnelle qui « a permis d’ouvrir largement les dispositifs de formation aux chômeurs » ou le Grenelle de l’environnement ou encore « la rupture conventionnelle, fruit du travail des partenaires sociaux, saluée par l’OCDE (...) tout cela, ça marche et nous en sommes satisfaits ». Cela étant, « cela ne veut pas dire que les corps intermédiaires ne doivent pas se transformer ». Ainsi, « il est temps pour le Medef et la CGPME d’envisager un rapprochement pour être plus puissant, plus lisible. Je vois que la base y aspire ».